Le monarque des dieux leur envoie une grue, qui les croque, qui les tue, qui les gobe à son plaisir ; et grenouilles de se plaindre... LE 24 AVRIL, FAISONS BARRAGE, VOTONS CONTRE LA GRUE!
Le monarque des dieux leur envoie une grue, qui les croque, qui les tue, qui les gobe à son plaisir ; et grenouilles de se plaindre... LE 24 AVRIL, FAISONS BARRAGE, VOTONS CONTRE LA GRUE!
© Gustave Doré
Extrait de "Quand le temps m'est conté", un paysage sonore qui accompagne un projet photographique sur le thème du bestiaire (Animalséance). Tout comme les images, la bande-son mélange les codes. Elle s’approprie et réactualise trois fables choisies de Jean de La Fontaine à travers le conte oral. Entre mémoire, imagination, souvenirs d’enfance et références musicales personnelles, les mots et les sons nous transportent vers un demi-sommeil bercé par des histoires fabuleuses et effilochées, entre l’absurde et l’intime, au croisement entre le rêve et le cauchemar.
Les grenouilles se lassant
De l'état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau.
Or c'était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, de le voir s'aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant ;
Une autre la suivit, une autre en fit autant :
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi.
Le bon sire le souffre et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
« Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue. »
Le monarque des dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et grenouilles de se plaindre.
Et Jupin de leur dire :« Eh quoi ? votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais, ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fut débonnaire et doux
De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire.»
Jean de La Fontaine,Fables